L'or et moi.

J'ai cherché de l'or en Guyane et en ai trouvé !
Aucun mérite à cela ! De l'or, il y en a en beaucoup d'endroits et en quantité plus ou moins importante. On "marche dessus" en beaucoup d'endroits.
C'est Angelo, un ami Italien qui m'avait initié à la prospection. J'avais travaillé ma technique de la bâtée au Plateau des Mines. Là-bas, les paillettes étaient minuscules. J'avais bien besoin de perfectionner mon habileté au maniement de ce chapeau chinois métallique : j'avais réussi à jeter hors de la bâtée la chaine en or de la femme de mon pote que celui-ci avait déposée à mon insu dans ladite âatée Okay C'est dire avec quelle délicatesse et doigté je maniais l'instrument... Cool
Je ne pouvais donc qu'améliorer mes performances...
Cet Italien avait fait l'acquisition d'une petite barge de six pouces aux USA et commença à travailler sur la crique Sparouine, aux environs de la vieille barge coulée. C'est un ami à lui résidant aux Antilles qui avait financé l'achat de la barge moyennant 50% des futurs bénéfices et je lui avais prêté un peu d'argent pour aider à son démarrage. Je m'amusais à la bâtée sur un petit affluent, la crique Zéma. C'est là que je trouvais mes premières paillettes de taille respectable, remontant peu à peu vers le gite. On marchait sur la couche aurifère, en l'occurrence une sorte de dalle calcaire, blanche et dure. Dans cette gangue, tourmaline et quartz étaient prisonniers. En short dans l'eau boueuse, je faisais tournoyer ma bâtée, récupérais les particules dorées sur fond de sable noir jais. La position était loin d'être confortable, mais c'était pour le plaisir. A force de bâtées et de maux de reins, je finis par ramasser une vingtaine de grammes de paillettes que je stockais dans une petite boite plastique noir, emballage de pellicule photo.


Cette couche aurifère était trop dure pour sa petite machine. Il aurait fallu du matériel lourd pour la briser. Angélo changea de coin et s'installa au saut Lessé dédé sur le Maroni. Là, je m'initiais aux joies de la plongée et de l'aspiration du lit du fleuve. A cheval sur le tuyau, je pompais, parmi les bulles, la poussière et les raies venimeuses attirées par un potentiel festin. J'ai horreur d'être sous l'eau et ne supportas pas longtemps ce qui pour moi n'était qu'un divertissement d'apprenti aventurier manoeuvre stagiaire débutant.
Le jour vint rapidement où je fus fatigué de gratter pour quelques paillettes. Je plaças l'amalgame crissant dans une cuillère à café et chauffa à l'aide d'un briquet. La température n'était pas suffisante et je jeta les vingt grammes d'or à terre. Le lendemain, nous coulâmes une dalle de béton par-dessus et je construisis un carbet garage. Cet or est toujours là : 4 rue Carnot à Saint-Laurent du Maroni. Sa position ? Placé face au carbet, il sera environ à deux mètres à l'intérieur et un mètre du mur de la coursive droite.
Recevant des amis d'Europe, nous les initions à la bâtée sur la crique Zéma. C'était l'occasion après quelques paillettes de passer une nuit en forêt. Je n'ai pas attrapé la fièvre de l'or.
Mon pote Italien en avait récolté plusieurs centaines de grammes qu'il conservait dans un pot de confiture. Nous sommes descendus les vendre à Cayenne. Installés au bar des Palmistes, il comptait ses billets entassés entre deux canettes de bière. Je plongeais sur la liasse et récupérais d'autorité l'argent qu'il me devait, après quoi je l'autorisais à payer une autre tournée.
Il dépensa le reste en carburant, nourriture, alcool, cigarettes et médicaments contre les paludismes à répétition. Quelque temps plus tard, l'Italien disparut discrétement après avoir vendu la barge de son ami des Antilles qui doit le chercher encore... Classique des histoires de l'or... Mr. Green Avait-il une autre opportunité d'arnaque, un autre projet ? Qu'est-il devenu ? Aucune idée...



Un beau jour, l'un de mes ouvriers forestiers se présenta à moi, porteur d'une hélice de moteur hors-bord dont l'axe en bronze était ovalisé. Il pensait que c'était en or et me demanda d'y effectuer une soudure. Pour ce faire, il avait pris avec lui un sachet de plastique contenant environ 200 grammes d'or. Pour lui, ça n'était que de la matière à rajouter. Je lui passais une bonne engueulade et l'envoyais acheter une hélice neuve. D'autres que moi auraient sans doute eu un autre réflexe...



Notre ami Laurent FERRASSE s'est fait tuer pour cette pépite de 611 grammes.


Combien d'autres venus en Guyane ou ailleurs pour chercher de l'or n'ont trouvé que la mort Question

Blaise CENDRARS écrivait "J'étais riche. L'or m'a ruiné."
Finalement, ce métal, je ne lui accorde pas plus d'intérêt qu'à un autre. Peut-être même moins. Il est maudit. Oh, bien sûr, si je venais à buter accidentellement sur une pépite, je la ramasserais, mais je ne prendrais pas la décision de partir à sa recherche.

 

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